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« TOUS TOURTOUS »

Elisabeth  Bonnet

 

Tourtous, bouriols, le nom des crêpes de farine de sarrasin est différent d’une région à l’ autre. Nous avons tous le souvenir de ces galettes exceptionnelles que confectionnaient nos mères, nos tantes, nos grand-mères. Leur goût inégalé fait partie de notre enfance. Chacune gardait précieusement sa recette, son tour de main pour que le bouriol « oungi » (avec du beurre fondu), avec de la confiture, en accompagnement d’un civet,  réveille nos papilles. Pour notre plus grand plaisir, Elisabeth familièrement appelée Babé, perpétue cette tradition.
Elisabeth est née en Charente Maritime de parents agriculteurs. Elle est arrivée en Corrèze en 1977. Son mari, Alain Brogniart, est originaire de la Région Parisienne. Enfant, il a bénéficié de soins au Préventorium de Servières le Château ce qui lui a permis de découvrir la région et d’éveiller le désir de venir y habiter.  Installés tous deux à Bel Air, puis à Peyte, villages de Servières Le Château, ils acceptent plusieurs missions. Elisabeth est employée à la boulangerie Lafond pour préparer les livraisons. Elle s’occupe  aussi  de personnes âgées. De 1984 à 1990, ils louent une maison au Mas de Bassignac Le Haut. Son mari est embauché au château du Rieu pour les travaux d’entretien.  Le couple va alors habiter à Saint Bonnet les Tours de Merle. Elisabeth, cuisinière de formation, trouve un emploi à Chastreix, station de ski dans le Massif du Sancy. Leurs enfants sont petits et il est difficile pour eux d’assumer vie professionnelle et vie familiale. C’est alors au restaurant de Sexcles que Babé exercera ses talents.
En 1995, une de ses amies, Marie-Ange Mas , lui présente une dame de Lostange qui arrête son activité de marchande de tourtous . En mars de cette même année, Babé achète son camion, reprend la recette de fabrication des tourtous et se lance dans l’aventure. C’est aux marchés d’Argentat qu’elle vendra ses premières galettes de sarrasin. Elle profitera de l’attraction des Tours de Merle pour aller vendre ses gâteaux sur le parking d’accès au site. Ce qui lui a permis de bien démarrer l’activité.
Lors de la création du marché de Saint Privat, Monsieur Condamine, maire, lui propose alors de venir compléter l’offre de produits régionaux. Avec le poissonnier de Mauriac, ils furent les premiers marchands ambulants de notre marché du vendredi.  Elle se souvient  de la présence aussi  de   Monsieur   Mielvaque qui venait vendre les fromages de ses chèvres. Sa fidèle cliente, Félicie Tessier,  lui faisait de la publicité en annonçant  dans le bourg  son arrivée  sur la place. Puis,  progressivement,  elle étendra son rayon d’ action à Servières le Château où elle arrêtera son camion, chaque semaine, devant la pharmacie. Sa présence au grand marché de Tulle les samedis matins,  sur la place de la cathédrale est une conquête. Maintenant elle vend ses tourtous, crêpes de froment, beignets, gâteaux aux noix, gaufres, le dimanche matin à Egletons à la belle saison, le mardi à Marcillac La Croisille, le jeudi matin à Argentat, le vendredi à Saint Privat, le mercredi et le samedi à Tulle, à des clients réguliers ou de passage. Les familles qui organisent des fêtes et les restaurateurs lui passent commandes. Ses semaines sont bien remplies : levée dès 4h du matin pour préparer la pâte, il faut compter une heure de route pour se rendre à Tulle, et assurer la vente de 6h à 13h30 ; retour à la maison, puis nettoyage des appareils et du camion. Depuis l’exercice de cette activité Elisabeth s’approvisionne en farine auprès de la minoterie Dom de Beaulieu sur Dordogne. Elle ne prend que quelques jours de congés en mars, juin, septembre. Elle est fatiguée mais heureuse dans ce travail. Elle aime le contact, les produits qu’elle confectionne sont l’occasion d’évoquer des souvenirs, les clients lui relatent leur histoire, c’est émouvant me dit-elle. Ainsi depuis plus de 20 ans, elle ne s’ennuie pas. Courageuse, elle sait surmonter les difficultés, comme lors du  déplacement à Tulle pour le premier marché : il avait beaucoup neigé, la couche atteignait 20 centimètres, les essuie  glace ont cédé sous le poids de la neige,  pendant le trajet ! Malgré les conditions de conduite difficiles, elle était présente au lieu prévu. Un autre jour, au moment de son installation sur le marché de Marcillac La Croisille, son voisin le producteur de pommes, lors d’une manœuvre, a reculé son camion sur son fourgon. Suite à cet accident, elle a été blessée, son véhicule endommagé et immobilisé pendant plusieurs semaines. Faute de véhicule adapté, elle a dû travailler dehors pendant un mois, le temps de la réparation.
De tous ses lieux de vente, c’est le marché de Saint Privat qu’elle préfère. L’été ce sont 300 à 350 tourtous qu’elle prépare et remet à ses clients chaque vendredi. Souriante, elle est devenue un passage obligé pour les habitants du canton et les touristes mais aussi pour les autres marchands qui se réchauffent à son camion autour d’ un café et d’un tourtou.

Le 10 mars 2016                                                       M.J. Chambon